Après plus de trois années de rebondissements, d’innombrables discussions, de plusieurs reports sur la date de mise en œuvre, le Royaume-Uni a signé la sortie de l’Union européenne, le 31 janvier 2020.

Les professionnels français liés commercialement avec les Royaume-Uni sont longtemps restés dans l’incertitude quant aux conséquences de cette décision sur l’avenir de leur activité. Malgré de nombreuses négociations menées entre le Royaume-Uni et l’UE, le canal commercial a nécessairement été impacté face au départ d’un membre du marché unique européen.

Maître Yoram Kouhana, avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle et droit commercial, décrypte pour vous le sujet.

Quels sont les impacts liés au Brexit pour les entreprises ?

La première conséquence du Brexit est le retour de la frontière entre l’Union européenne et le Royaume-Uni à compter du 1ᵉʳ janvier 2021, impliquant elle-même un retour des douanes. Des déclarations en douane tant pour l’exportation que l’importation des marchandises sont désormais obligatoires.

Chaque déclaration, composée de 54 cases, doit être déposée auprès du Bureau des douanes compétent, c’est-à-dire celui dans lequel les marchandises sont présentées.

Ce dépôt s’effectue soit au moment de la présentation en douane des marchandises, soit dans les trente jours qui précèdent la présentation des marchandises en douane.

Avec le retour d’une frontière et de nouvelles démarches administratives, se pose inéluctablement la question des potentiels droits de douane.

Quel impact du côté des douanes ?

Le 1ᵉʳ janvier 2021, la France et le Royaume-Uni en tant qu’alliés et partenaires stratégiques ont conclu un accord de commerce et de coopération.

Cet accord met en place prévoit notamment, à l’article 21, un principe d’interdiction d’imposition des droits de douanes sur toutes les marchandises originaires de l’autre partie, sous réserve que ceux-ci respectent les règles de l’origine préférentielle qu’il prévoit.

L’exonération de droits de douane n’est donc pas automatique et ne s’applique pas indistinctement à l’ensemble des échanges entre l’Union européenne et le Royaume-Uni : elle doit être sollicitée dans la déclaration en douane.

En outre, elle est conditionnée par le fait que le produit soit considéré comme un « produit originaire » de l’une des deux parties au sens de l’accord. Elle ne s’applique donc pas

Les dispositions permettant de définir si un produit est originaire sont détaillées au chapitre 2 de l’accord de commerce et de coopération sur les règles d’origine préférentielle.

Les produits ne les respectant pas sont alors soumis respectivement au tarif extérieur commun à l’importation dans l’Union européenne et au UK Global Tariff à l’importation au Royaume-Uni.

Que contient l’accord de coopération et de commerce ?

Un texte de 1300 pages re-définissant les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne a été signé le 1ᵉʳ janvier 2021.

Il repose sur quatre axes principaux :

●      un accord de libre-échange ;

●      une coopération ambitieuse sur les questions économiques, sociales, environnementales et de la pêche ;

●      un partenariat étroit sur la sécurité des citoyens ;

●      un cadre de gouvernance global, c’est-à-dire une sécurité juridique s’adressant aux entreprises, aux consommateurs et aux citoyens sur la façon dont l’accord sera contrôlé.

Ce texte vient en fait compléter l’accord de retrait, signé en octobre 2019, consacré aux droits des citoyens européens et britanniques, aux engagements financiers mutuels et à la stabilité sur l’île d’Irlande.

Quid du partenariat entre la douane et l’INPI pour la lutte contre la contrefaçon ?

« C’est en agissant tous ensemble que nous parviendrons à renforcer la confiance des    consommateurs, à défendre les intérêts des entreprises légitimes et à stimuler la croissance en Europe et dans le monde » disait Pascal Faure, directeur général de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI).

Véritable défi pour l’ensemble États membres, la lutte contre la contrefaçon est une priorité pour la douane. Afin d’atteindre cet objectif, la douane et l’INPI ont décidé d’établir un premier partenariat en 2003 par la conclusion d’une convention liant la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects (DGDDI) à l’INPI en vue de sensibiliser les entreprises à l’enregistrement des droits de propriété intellectuelle et d’améliorer leur protection au travers des demandes d’intervention.

Afin de renforcer la lutte contre la contrefaçon et d’approfondir la coordination des actions complémentaires de l’INPI et de la douane pour la défense de la propriété intellectuelle des entreprises et la sécurité des consommateurs, la DGDDI et l’INPI ont décidé de signer un accord de renouvellement de leur convention partenariale le 16 avril 2021.

Comment fonctionne la nouvelle frontière dite « frontière intelligente » ?

Le Brexit a conduit nécessairement au rétablissement des formalités et des contrôles aux frontières. Le Royaume-Uni devenant un pays tiers, tout échange de marchandises doit désormais faire l’objet d’une déclaration en douane de chaque côté de la frontière, avec le risque d’impacter la fluidité des échanges et de saturer les infrastructures. Ce sont en effet 5 millions de poids lourds qui transitent chaque année entre les Hauts-de-France et le Royaume-Uni.

Pour maintenir la fluidité de circulation des marchandises, la douane française a développé une solution technologique basée sur l’anticipation des formalités douanières et l’automatisation du processus déclaratif : la frontière intelligente.

Elle repose sur 3 grands principes :

Par conséquent, plus aucun retour en arrière n’est possible. Ainsi, le transporteur sera aiguillé automatiquement à son arrivée en France en fonction du statut des déclarations de marchandises qu’il importe : file verte ou orange. A l’export, un poids-lourd sans formalité douanière ne pourra pas quitter le territoire de l’Union européenne.

Comment préparer son entreprise au Brexit ?

Peu importe la taille de votre entreprise, le Brexit a un impact à la fois sur votre activité commerciale, vos relations avec les opérateurs économiques du Royaume-Uni et les pouvoirs chargés de la gestion de la frontière.

Sont ainsi impactées toutes les entreprises qui notamment :

Une série de questions non exhaustive en découle portant sur les flux logistiques et les échanges avec vos partenaires.

 Voici quelques exemples :

●      Quelle part en pourcentage représente le marché britannique dans vos activités ?

●      Quelles sont vos modalités de flux (groupage, transport de nuit) ?

●      Qui sont vos transporteurs ?

●      Quelles sont vos plateformes d’expédition, de réception et de transfert ?

●      Vos clients et fournisseurs ont-ils été informés afin qu’ils réalisent chacun les formalités douanières ?

●      Vos factures sont-elles conformes ?

Afin de mesurer précisément l’impact sur votre entreprise, les pouvoirs publics ont à ce titre mis à disposition un outil d’autodiagnostic personnalisé en ligne sur le site votrediagnosticbrexit.fr. Cet « autodiagnostic Brexit » est un questionnaire en ligne à choix multiples, divisé en 9 thèmes : exportation ; importation ; services ; transport ; approvisionnement ; données et services numériques ; propriété intellectuelle ; implantation et aspects juridiques ; concurrence et marché.

Il recense l’ensemble des points d’attention à prendre en compte par votre entreprise.

Quid de l’impact pour les exportateurs du Royaume-Uni et pour les importateurs ?

Si la libre circulation des personnes a pris fin, les marchandises sont quant à elles soumises à un contrôle douanier et réglementaire.

Pour profiter des automatismes de la frontière intelligente et disposer du justificatif fiscal de sortie des marchandises du territoire douanier de l’Union européenne, il faut respecter toutes les étapes du passage de la frontière. Dans le cas contraire, il reviendra à l’exportateur de prouver lui-même la sortie de ses marchandises pour ainsi espérer être exonéré de la taxe sur la valeur ajoutée.

Les étapes à respecter à l’exportation :

●      réunir les éléments pour réaliser la déclaration (facture, détail des marchandises) ;

●      déposer la déclaration en douane auprès du bureau de douane du lieu de chargement des marchandises ou du lieu d’établissement de l’exportateur ;

●      transmettre le document d’accompagnement export, nommé EAD (Export Accompagning Document) au chargeur et/ ou au transporteur ;

●      créer une enveloppe logistique lorsque plusieurs déclarations sont à regrouper : celle-ci fait gagner du temps lors de l’appairage puisqu’elle regroupe des déclarations sous un seul code-barre ;

●      veiller à ce que le conducteur soit muni de l’ensemble des documents douaniers ; ●              présenter les documents